Sous le ciel lourd de Sulawesi, dans une salle communautaire aux murs défraîchis, une trentaine de jeunes sont assis en cercle. Pas de pancartes, pas de slogans. Juste des carnets, des téléphones, et une question : “Et maintenant, on fait quoi ?”
Makassar, 3 septembre 2025
Farhan, 19 ans, étudiant en droit, prend la parole. Il n’a jamais voté. Il ne croit pas aux partis. Mais il croit à ce qu’il voit : des gens qui s’organisent, qui débattent, qui veulent comprendre. Il parle doucement, mais ses mots résonnent : “On ne veut pas juste protester. On veut reconstruire.”
Une jeunesse politisée, mais méfiante
L’Indonésie est jeune. Plus de la moitié de sa population a moins de 30 ans. Cette jeunesse est connectée, éduquée, et de plus en plus critique. Mais elle est aussi méfiante. Les partis traditionnels lui semblent corrompus, les institutions opaques, les promesses creuses.
Les manifestations de 2025 ont révélé une chose : la colère ne suffit plus. Ce que Farhan et ses camarades cherchent, c’est une vision. Un projet. Une manière de faire de la politique autrement.
Des mouvements citoyens décentralisés
À Bandung, des enseignants créent des “cafés pédagogiques” pour discuter des réformes. À Surabaya, des livreurs à moto montent une coopérative pour défendre leurs droits. À Aceh, des femmes organisent des cercles de parole sur la justice sociale.
Ces initiatives ne sont pas coordonnées. Elles ne suivent aucun leader. Mais elles partagent une même intuition : le changement ne viendra pas d’en haut.
Le dilemme du pouvoir : répression ou réforme ?
Face à cette effervescence, le gouvernement hésite. Prabowo Subianto, fidèle à son style martial, parle de “discipline nationale”, de “menaces à l’ordre public”. Des arrestations ont lieu. Des comptes sont fermés. Des lois sur la cybersécurité sont durcies.
Mais certains conseillers appellent à l’apaisement. À l’écoute. À des réformes symboliques. Le pouvoir vacille entre la tentation autoritaire et la nécessité démocratique.
Et maintenant ?
Dans la salle de Makassar, Farhan conclut la réunion : “On ne sait pas où ça va. Mais on sait que ça ne peut plus continuer comme avant.”
L’Indonésie est un géant. Un archipel de contradictions, de douleurs, de rêves. Ce qui se joue en 2025, ce n’est pas seulement une crise. C’est peut-être la naissance d’une conscience politique nouvelle. Une génération qui ne veut plus subir, mais construire.
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