Dans les coulisses feutrées des ministères de la Défense, une course silencieuse s’est engagée. Elle ne se joue pas sur les champs de bataille, mais dans les bureaux d’ingénieurs, les hangars d’essai et les laboratoires d’intelligence artificielle. L’enjeu ? Concevoir l’avion de combat du futur. Et dans cette course, deux projets se font face : le GCAP et le SCAF.
GCAP : L’alliance des îles et du soleil levant
Le Global Combat Air Programme, ou GCAP, est né d’une alliance inattendue entre le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie. Trois nations, trois cultures, mais une ambition commune : bâtir un chasseur de 6e génération capable de dominer les cieux en 2035.
Son nom de code britannique : Tempest. Un nom évocateur, presque prophétique. Ce futur avion promet :
- Une furtivité avancée, pour échapper aux radars
- Une intelligence artificielle embarquée, pour assister le pilote en temps réel
- Des drones accompagnateurs, agissant comme des ailes numériques
- Une autonomie stratégique, sans ravitaillement
Les industriels impliqués sont parmi les plus puissants d’Europe et d’Asie : BAE Systems, Leonardo, Mitsubishi Heavy Industries, Rolls-Royce. Le premier vol d’un démonstrateur est prévu pour 2027, mais déjà, des voix s’élèvent : le programme serait « irréalisable » sans partenaires supplémentaires. L’Arabie saoudite, la Turquie ou le Qatar sont courtisés pour élargir le financement.
SCAF : Le rêve franco-germano-espagnol
Face au GCAP, l’Europe continentale ne reste pas les bras croisés. Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne, vise lui aussi un avion de 6e génération, mais avec une entrée en service plus tardive : 2040.
Le SCAF ne se limite pas à un avion. Il s’agit d’un écosystème de combat, intégrant :
- Un cloud de guerre, pour connecter tous les éléments du champ de bataille
- Des drones autonomes, capables d’agir en essaim
- Une capacité nucléaire, notamment pour la dissuasion française
Mais le projet est fragile. Les tensions entre Dassault Aviation et Airbus sont récurrentes. La France veut garder la main sur le pilotage industriel, l’Allemagne réclame plus d’équilibre. L’arrivée possible de la Belgique redistribue les cartes, mais ne résout pas les frictions.
Deux visions, une même ambition
D’un côté, le pragmatisme anglo-japonais, rapide, modulaire, tourné vers l’export. De l’autre, la vision européenne, plus intégrée, plus politique, mais ralentie par ses propres complexités.
| Projet | Pays partenaires | Entrée en service | Objectifs clés |
| GCAP | Royaume-Uni, Japon, Italie | 2035 | Furtivité, IA, drones, autonomie |
| SCAF | France, Allemagne, Espagne (+Belgique) | 2040 | Cloud de combat, drones, dissuasion nucléaire |
Vers une convergence ou une rivalité durable ?
Certains rêvent d’une fusion entre GCAP et SCAF, pour éviter une fragmentation technologique en Europe. Mais pour l’instant, chacun trace sa route, avec ses partenaires, ses ambitions, et ses propres tempêtes à affronter.