Bangkok, 2019. À quelques kilomètres du tumulte urbain, une usine s’étend sur 80 000 m². À l’intérieur, des machines de haute précision tournent jour et nuit. Ici, Jinpao fabrique des pièces métalliques pour l’aéronautique, le spatial, la défense, mais aussi pour les télécoms et le médical. L’entreprise est peu connue du grand public, mais elle est cotée à la bourse de Taïwan, emploie plus de 1 100 personnes, et affiche une ambition claire : s’implanter en Europe.
Une première tête de pont : Agiliteam
En 2019, Jinpao crée Jinpao Europe, et rachète Agiliteam, une PME française spécialisée dans la mécanique de précision. Trois sites industriels, 83 salariés, un savoir-faire reconnu dans le tournage, le fraisage, la peinture et le traitement de surface. Agiliteam devient la filiale française du groupe thaïlandais.
Mais Jinpao ne s’arrête pas là. En 2021, il acquiert ADB et SPEM Aero, deux autres PME du Sud-Ouest. L’objectif se dessine : constituer un groupe intégré, capable de répondre aux exigences des grands donneurs d’ordres européens.
« Nous voulons créer une entité spécialisée dans l’aéronautique, le spatial et la défense, capable de livrer des pièces complexes en série. » – Frédéric Bourgon, directeur général d’Agiliteam
Une stratégie discrète mais déterminée
Jinpao ne fait pas de bruit. Pas de grandes annonces, pas de levées de fonds spectaculaires. Mais ses rachats sont ciblés, ses investissements mesurés, et sa montée en puissance constante. En 2024, Jinpao Europe affiche un chiffre d’affaires de 2,06 M€, avec un résultat net de 312 K€. La structure est légère, mais la stratégie est claire : s’ancrer dans le tissu industriel français, tout en gardant une agilité financière.
Une question de souveraineté
L’arrivée de Jinpao pose une question sensible : la souveraineté industrielle. Peut-on laisser des groupes étrangers prendre pied dans des secteurs aussi stratégiques que l’aéronautique et la défense ? Faut-il s’en inquiéter, ou y voir une opportunité de consolidation ?
Pour l’instant, les autorités restent prudentes. Les rachats sont validés, les emplois sont maintenus, et les sites restent en France. Mais la vigilance est de mise.
A retenir
Jinpao n’est pas un prédateur industriel. C’est un constructeur patient, méthodique, qui tisse sa toile dans l’ombre. Son arrivée en France est un signal : l’industrie aéronautique est en recomposition, et les acteurs internationaux veulent leur part. Reste à savoir si la France saura garder le contrôle de ses compétences clés.
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