Le crash annoncé : quand le Sénat sonne l’alerte sur l’industrie automobile française

« On va vers un crash si rien n’est fait. » Le mot est lâché par Alain Cadec, sénateur LR, et il résonne comme un avertissement sans détour. Le rapport sénatorial publié mi-octobre dresse un tableau sombre, presque crépusculaire, de l’avenir de la filière automobile française. Une industrie qui emploie 800 000 personnes, mais que les sénateurs décrivent désormais comme « en situation de péril mortel ».

Une colonne vertébrale en décomposition

Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission des affaires économiques, rappelle que l’automobile est « la colonne vertébrale de l’industrie française ». Pourtant, les chiffres sont implacables :

  • Chute de 20 % des ventes de véhicules particuliers depuis la crise du Covid
  • Perte de 12 points dans la part de production européenne entre 2000 et 2020
  • Délocalisations massives vers des pays à bas coût

Le tissu industriel, autrefois dense, est aujourd’hui morcelé. Stellantis met en pause ses usines à Poissy, Sochaux et Mulhouse. Renault évoque des suppressions de postes. Et pendant ce temps, les investissements massifs se font… aux États-Unis.

Le piège du tout-électrique

Le rapport pointe du doigt une transition énergétique précipitée. L’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves en 2035 est qualifiée de « suicidaire » par Alain Cadec. Les sénateurs appellent à « sortir du tout électrique », le temps de restaurer une concurrence équitable face à la Chine, jugée déloyale.

Parmi les 18 mesures proposées :

  • Imposer un contenu local de 80 % pour les véhicules vendus en Europe
  • Produire 40 % des batteries localement d’ici 2035
  • Relever les droits de douane sur les véhicules électriques chinois
  • Harmoniser les aides à l’achat ou au leasing social à l’échelle européenne

Une souveraineté industrielle en jeu

Au-delà des chiffres, c’est une question de souveraineté. Le Sénat appelle à un « aggiornamento du plan européen », pour que la France ne devienne pas une simple consommatrice de technologies étrangères. Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, a confirmé qu’une révision est à l’étude.