Il sera 9h12, ce vendredi 17 octobre, quand le colonel Michaël Randrianirina franchira les grilles du Palais d’État d’Ambohidahy. Costume sobre, regard droit, Bible à la main. Il prêtera serment devant la Haute Cour Constitutionnelle. À 51 ans, cet ancien gouverneur du sud malgache devient officiellement le président de la « Refondation de la République de Madagascar ».
Mais ce n’est pas seulement un militaire qui prend le pouvoir. C’est une génération qui entre dans l’Histoire.
Une insurrection générationnelle
Tout a commencé le 25 septembre. Des milliers de jeunes, étudiants, livreurs, développeurs, artistes, ont investi les rues d’Antananarivo. Pas de leader charismatique, pas de parti. Juste une colère sourde, une fatigue face à l’inertie, et une volonté farouche de reprendre la parole. La Gen Z malgache, souvent moquée pour son désenchantement, a trouvé son cri de ralliement : « Tsy matahotra intsony » – « Nous n’avons plus peur ».
Face à eux, un pouvoir aux abois. Puis un basculement : le Capsat, unité d’élite de l’armée, refuse de tirer. Randrianirina, jusque-là en retrait, sort de l’ombre. Il parle de foi, de responsabilité, de refus de la violence. Il devient, malgré lui, le visage d’un soulèvement sans précédent.

Une transition sous surveillance
« Ce n’est pas un coup d’État », martèle-t-il. La HCC valide la vacance du pouvoir. L’Union africaine suspend Madagascar. Les chancelleries s’inquiètent. Mais sur les réseaux, les jeunes Malgaches célèbrent une victoire : celle d’un peuple qui a fait plier l’autorité sans armes, avec des pancartes, et une détermination inédite.
Randrianirina promet des élections dans 18 à 24 mois, un référendum constitutionnel, et une consultation nationale pour nommer un Premier ministre. Il parle de refondation, pas de revanche.
Une révolution connectée
Ce soulèvement n’a pas eu besoin de chaînes de télévision. Il s’est propagé sur TikTok, Telegram, WhatsApp. Des vidéos de manifestants chantant dans les rues, des lives depuis les toits, des threads explicatifs sur les institutions. La Gen Z a fait de la pédagogie une arme politique.
Et si cette transition échoue, elle le dira. En memes, en stories, en hashtags. Mais pour l’instant, elle observe. Elle espère. Elle exige.
Sur le même sujet