On nous l’a répété pendant des décennies : la destruction d’emplois industriels est un phénomène « naturel ». Un rouage du progrès. Une étape nécessaire pour faire place à l’innovation. Cette idée, popularisée par l’économiste Joseph Schumpeter, postule que chaque disparition d’activité engendre une création nouvelle, plus productive, plus adaptée.
Mais ce récit ne tient plus
Il ne résiste ni aux chiffres, ni aux réalités sociales, ni aux logiques de la mondialisation.
Depuis 1974, la France a perdu plus de 2,5 millions d’emplois industriels. Et si certains secteurs ont émergé (services, numérique, logistique), ils n’ont pas compensé en qualité ni en stabilité. Les emplois créés sont souvent précaires, faiblement rémunérés, ou localisés hors des territoires touchés.
Pire encore : les créations se font ailleurs. En Chine, en Turquie, en Pologne. Là où les coûts sont plus bas, les normes moins contraignantes, les États plus stratèges. La France, elle, ouvre ses marchés sans protection, sans vision, sans exigence de réciprocité.
Ce n’est donc pas un cycle naturel. C’est un déséquilibre structurel. Une spirale descendante. Une abdication industrielle.
Et les conséquences sont lourdes :
- Des bassins d’emploi sinistrés.
- Des générations exclues du monde du travail.
- Une perte de souveraineté économique.
- Une fracture démocratique entre les territoires qui produisent et ceux qui consomment.
La destruction créatrice ne peut être invoquée sans conditions. Elle suppose un État stratège, des protections intelligentes, une capacité à relocaliser, à former, à investir.
« Créer ne suffit pas si l’on ne protège pas ce qui permet de créer. »
Ce deuxième épisode appelle à repenser le récit économique dominant. À refuser les fatalités. À exiger des politiques industrielles qui ne se contentent pas d’accompagner les fermetures, mais qui anticipent, soutiennent, reconstruisent.
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