Portugal – Le retour des syndicats unis

Tiago Oliveira, 44 ans, secrétaire général de la CGTP, monte sur la scène installée sur la Praça do Comércio. Devant lui, des dizaines de milliers de manifestants. Derrière lui, les colonnes du pouvoir. Il ajuste son micro. « Ce n’est pas une grève. C’est un cri. Et ce cri, vous l’avez porté jusqu’ici. »

Une alliance inédite

Depuis des années, les syndicats portugais semblaient affaiblis, divisés, marginalisés. Mais face à la réforme du travail proposée par le gouvernement de Luís Montenegro, la CGTP (proche du Parti communiste) et l’UGT (plus modérée) ont formé un front commun. Une première depuis l’époque de la troïka.

Tiago : « Ils pensaient que nous étions fatigués. Ils ont réveillé ce qu’ils avaient oublié : notre mémoire. »

Une réforme qui fracture

  • Licenciements facilités
  • Extension de la sous-traitance
  • Réduction du pouvoir syndical dans les entreprises
  • Création d’une « banque d’heures » individuelle
  • Prolongation des contrats précaires

Les syndicats dénoncent une « régression historique », un retour à un modèle de travail flexible mais instable, où les droits sont négociables.

Une mobilisation qui surprend

Le 8 novembre, plus de 100 000 personnes ont défilé à Lisbonne. Des cortèges ont émergé à Porto, Coimbra, Faro, parfois spontanément. Des enseignants, des infirmiers, des livreurs, des employés de supermarchés. Des jeunes, surtout, qui n’avaient jamais manifesté.

Rui, 26 ans, livreur à vélo : « Je n’ai pas de contrat. Pas de congés. Pas de retraite. Mais j’ai une voix. Et aujourd’hui, elle compte. »

Tiago, stratège et conteur

Tiago n’est pas un tribun classique. Ancien professeur de philosophie, il cite Simone Weil, José Saramago, Amílcar Cabral. Il parle de dignité, de mémoire, de lien. Il refuse les slogans creux. Il veut des récits.

Tiago : « La grève est un récit. Et ce récit, c’est celui d’un peuple qui refuse d’être effacé. »

Le chant des pavés

Le soir, Tiago marche seul sur la Praça do Comércio. Les pavés sont encore chauds. Les banderoles roulées. Il murmure : « Ce n’est pas fini. Ce n’est jamais fini. Tant qu’on marche ensemble. »

Auteurs : Copi + AA

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