Les chiffres ne dorment jamais : Miguel, 39 ans, économiste dans un think tank lisboète, fixe son écran. Le Portugal affiche 2,3 % de croissance, un chômage à 6 %, et une hausse des investissements étrangers. Pourtant, dans le couloir, son stagiaire Inês vient de lui confier qu’elle vit dans une colocation à six, partageant un lit en alternance avec une autre étudiante. « Les chiffres sont bons », pense-t-il. « Mais pour qui ? »
Une économie en vitrine
Le Portugal est souvent cité comme modèle post-crise. Depuis la fin de l’austérité, le pays attire les investisseurs, les start-ups, les fonds immobiliers. Le tourisme explose, les exportations se diversifient, les infrastructures se modernisent.
Miguel : « Sur le papier, c’est une success story. Mais le papier ne paie pas le loyer. »
La fracture invisible
- Croissance prévue en 2026 : 2,3 %
- Chômage : 6 %, mais avec une explosion des contrats précaires
- Salaire médian : 1 000 € net
- Salaire minimum : 820 € net
- Inflation cumulée depuis 2020 : +18 %
- Loyer moyen à Lisbonne : 950 € pour un studio
Le puzzle social
Inês, 24 ans, stagiaire en économie : « Je travaille 40 heures par semaine, je suis payée 400 €. Je mange des pâtes et je dors en alternance. Mais je fais partie de la croissance. »
Les jeunes diplômés cumulent les stages non rémunérés, les CDD fragmentés, les missions en freelance. Les retraités peinent à suivre l’inflation. Les travailleurs du tourisme, de la restauration, de la logistique vivent dans des zones périphériques, parfois à deux heures de leur lieu de travail.
Le mensonge des moyennes
Miguel prépare une note pour le ministère. Il y inscrit : « La croissance ne peut être un indicateur de bien-être si elle repose sur la précarité, l’exclusion urbaine et le sacrifice générationnel. » Mais il sait que ce paragraphe sera coupé.
Miguel : « On vend du rêve. Mais on oublie de dire que c’est un rêve à crédit. »
Le miroir brisé
Le soir, Miguel rentre chez lui. Il croise Inês à l’arrêt de bus. Elle sourit, fatiguée. « Demain, je présente mon rapport sur les inégalités. Ironique, non ? » Miguel hoche la tête. « Bienvenue dans le mirage. »
Auteurs : Copi + AA
Sur le même sujet