Une série narrative, chronique sociale avec Élise et Mathieu : auteur Antonio AMANIERA.
Châtellerault, septembre 2025. Le ciel est bas, les feuilles commencent à roussir. Dans un petit café à l’angle de la rue Bourbon, Élise s’installe face à Mathieu. Elle a gardé son manteau, comme si elle n’avait pas encore décidé de rester. Lui, déjà attablé, sirote un café noir, le regard perdu dans la vitrine embuée.
Le malaise diffus
Élise : Tu sens pas comme un truc qui flotte dans l’air ? Un genre de tension sourde. Mathieu (sans lever les yeux) : Si. Mais c’est pas nouveau. Après les gilets jaunes, le conflit sur les retraites, maintenant le 10 septembre, on dirait une histoire sans fin, ça craque mais on sait tous que cela peut exploser à tout moment.
Elle sort un dossier de son sac, des coupures de presse, des graphiques. Elle les étale comme un jeu de cartes.
Élise : Regarde ça. Le patrimoine des 10 % les plus riches a explosé. Et les plus pauvres ? Ils ont perdu plus de la moitié de ce qu’ils avaient. Mathieu (ironique) : Tu veux dire qu’on n’est pas tous dans le même bateau ? Quelle surprise.
Un silence. Le serveur passe, dépose un verre d’eau. Mathieu le remercie d’un signe de tête.
Élise : Ce qui me frappe, c’est pas juste les chiffres. C’est ce que ça fait aux gens. Mathieu : Tu parles de la colère ? Élise : Oui. Mais aussi de la résignation. Comme si les gens avaient intégré que le système ne changerait pas. Qu’il fallait juste survivre dedans.
Mathieu se redresse, regarde Élise dans les yeux.
Mathieu : Tu sais ce qui me fait peur ? C’est pas la colère. C’est quand elle devient silencieuse. Quand elle ne crie plus, mais qu’elle s’organise.
Élise fronce les sourcils. Elle connaît ce ton-là. Celui de Mathieu quand il a une idée derrière la tête.
Élise : Tu veux dire… qu’on glisse vers autre chose ? Mathieu : Vers une autre société. Pas forcément meilleure. Juste… différente. Et ceux qui tiennent les rênes ne s’en rendent pas compte. Ou font semblant comme Barnier, Bayrou…
Elle range ses papiers. Le vent fait vibrer la vitre. Dehors, un groupe de jeunes passe, capuches relevées, visages fermés.
Élise (doucement) : Il faut raconter ça. Pas juste les chiffres. Les trajectoires. Les bifurcations. Mathieu : Alors on commence ici. Dans ce café. Avec toi et moi. Et ce malaise diffus.
Episode 2 : Héritage et fracture – à paraître demain 15-9-2025