Il est seul. Pas vraiment physiquement — les conseillers s’agitent, les téléphones vibrent, les portes claquent — mais seul dans sa fonction. Seul dans sa tête.
7h42. Il fixe le plafond de son bureau.
Le même depuis 2017. Il connaît chaque moulure. Il pense : “Lecornu n’a pas tenu. Quatorze heures. Une comète. Et moi, je suis encore là. Pourquoi ?”
Il se lève. Pas pour agir. Pour marcher. “La Constitution me donne les clefs. Mais à quoi bon si aucune serrure ne veut s’ouvrir ?”
8h03. Il lit les journaux. “Farce française”, “Crépuscule douloureux”, “Théâtre de l’absurde”. Il sourit. Ironiquement. “Ils ne comprennent pas. Ils veulent que je parte. Mais partir, c’est trahir l’idée que je me fais de la France.”
8h17. Il pense à Attal. À Bayrou. À Lecornu. “Ils ont tous essayé. Mais aucun n’a pu tenir. Est-ce moi le problème ? Ou le système ?”
8h30. Il regarde par la fenêtre. Le jardin est calme. Trop calme. “Je pourrais dissoudre. Encore. Mais pour quoi ? Pour voir Bardella ?”
8h42. Il imagine un gouvernement d’union. Il voit les visages. Ruffin. Le Maire. Faure. Il grimace. “Ils ne s’uniront pas. Pas pour moi.”
9h00. Il s’assoit. Il écrit. Pas un discours. Une lettre. “Françaises, Français…”
Il hésite. Il rature. Il recommence. “Je ne démissionne pas. Je me retire du quotidien. Je reste garant. Mais je laisse gouverner.”
9h07. Une idée lui traverse l’esprit. Fugace. “Et si je nommais Olivier Faure ?”
Il rit. Un rire sec, presque nerveux. “Non… ce serait me renier. Autant nommer Mélenchon et organiser un karaoké à l’Élysée.”
9h17. Il ne sait pas s’il l’enverra. Il relit. Il rature. Il recommence. “Je ne démissionne pas. Je me retire du quotidien. Je reste garant. Mais je laisse gouverner.”
Il repose le stylo. Il regarde le papier. Il ne bouge plus.
Le silence n’est pas une pause. C’est une impasse.
9h23. Il se redresse. “Je ne peux rester dans l’impasse. Allons donc… une dissolution.”
Il prononce le mot à voix basse. Comme on évoque un fantôme. “J’espère qu’elle se passera mieux que la dernière fois.”
Il se souvient. Des visages crispés. Des alliances impossibles. Des urnes pleines de colère. “La dernière fois, j’ai cru que je reprenais la main. En fait, j’ai lâché le gouvernail.”
9h26. Il sourit. Pas de joie. De lucidité. “Je crois que je rêve.”
Il imagine les plateaux télé. Les éditos. Les tweets. “Macron relance la machine. Macron joue son dernier coup. Macron s’acharne.”
Il pense à l’article 12. À l’hémicycle. À Bardella. “Et si cette fois, ils gagnaient vraiment ?”
9h30. Il prend son téléphone. Il compose. “Préparez le décret pour la dissolution.”