Le méthanier glisse lentement dans le détroit de Malacca. À son bord, des millions de mètres cubes de gaz liquéfié, extraits au Qatar, refroidis à -162°C, destinés à alimenter les usines japonaises. À des milliers de kilomètres, en Europe, les tuyaux russes sont à l’arrêt. Le gaz, invisible et vital, est devenu une arme.
Depuis la guerre en Ukraine, les flux se sont déplacés, les alliances ont changé, mais une vérité demeure : le gaz naturel est une ressource finie, et son transport est un casse-tête. Les réserves mondiales sont concentrées entre quelques puissances — Russie, Iran, Qatar — et les infrastructures dictent les dépendances.
En apparence, le gaz abonde. Les États-Unis exportent leur GNL, l’Australie multiplie les terminaux, la Norvège stabilise ses livraisons. Mais derrière cette fluidité, les découvertes majeures sont en déclin. Le pic gazier mondial se dessine, discret mais inévitable.
« Le gaz est fluide, mais sa géopolitique est rigide. »
L’Europe, privée du gaz russe, se tourne vers l’Amérique. L’Asie sécurise ses contrats avec le Moyen-Orient. Le Japon, isolé, dépend des routes maritimes. Chaque choc — guerre, embargo, accident — révèle la fragilité du système.
Ce volet raconte l’histoire d’une énergie qui semble abondante, mais dont les fondations sont instables. Une ressource qui pourrait atteindre son sommet… sans que personne ne s’en rende compte.
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Le sommet américain de l’or noir
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