Pékin, août 2025. Dans les rues de Lianyungang, les enseignes clignotent mollement, comme si elles hésitaient à attirer les passants. Les usines, jadis rugissantes, ronronnent à peine. Les jeunes diplômés, vêtus de chemises trop repassées, attendent leur tour devant des bureaux de recrutement silencieux. La Chine, deuxième puissance économique mondiale, semble prise dans une torpeur que ni les milliards injectés ni les slogans patriotiques ne parviennent à dissiper.
Le gel silencieux de la consommation
Dans les centres commerciaux de Chengdu, les escalators tournent à vide. Les ventes au détail ont reculé pour le deuxième mois consécutif — une première depuis la pandémie. Les consommateurs, jadis frénétiques, se montrent prudents, presque craintifs. L’épargne redevient vertu, la dépense un luxe.
« La conscience de faire des économies est en train de se renforcer chez les jeunes », observe un analyste du Nikkei.
Les restaurants ferment plus tôt, les plats sont simplifiés, les bouteilles de vin disparaissent des tables officielles. Le gouvernement a interdit les repas raffinés pour les fonctionnaires, dans un geste d’austérité symbolique. Même les mariages se font plus sobres, les cadeaux plus modestes.
Des plans de relance… sans élan
Face à cette inertie, Pékin a sorti l’artillerie lourde. Les taux directeurs ont été abaissés, les banques ont vu leurs réserves obligatoires réduites. Un plan d’échange de dettes de 10 000 milliards de yuans a été lancé pour soulager les collectivités locales, étranglées par des projets d’infrastructure non rentables.
Mais l’effet reste limité. L’investissement immobilier a chuté de 12 % sur un an. Les chantiers ralentissent, les grues s’immobilisent. Les jeunes couples hésitent à acheter, craignant une baisse des prix ou une faillite du promoteur.
« Le cycle baissier actuel est le plus sévère depuis la commercialisation du marché immobilier chinois à la fin des années 1990 », note Bank of America.
Une croissance qui interroge
Officiellement, la Chine affiche une croissance de 5 %. Un chiffre honorable, mais bien en dessous des standards d’avant-crise. Le rêve de rattraper les États-Unis s’éloigne : l’écart de PIB nominal se creuse, les investissements étrangers se font plus rares.
Pékin parle désormais de « croissance de qualité », de « rééquilibrage structurel ». Mais derrière ces mots, une réalité plus rugueuse se dessine : celle d’un pays qui hésite entre relance agressive et prudence budgétaire, entre ambition mondiale et stabilité intérieure.
Le réveil incertain du dragon
Dans les parcs de Hangzhou, les retraités dansent encore au son des haut-parleurs. Les enfants jouent, insouciants. Mais dans les bureaux, les usines, les foyers, une question revient : et maintenant ?
La Chine ne manque ni de ressources ni de volonté. Mais elle semble chercher son souffle, son cap, son récit. Le dragon n’est pas mort. Il est juste fatigué.