Ils ne tirent pas de missiles. Ils diffusent des reportages. Depuis Doha, les studios d’Al-Jazeera continuent de faire trembler les palais du Golfe. Et en 2014, sous Tamim, la chaîne entre dans une nouvelle phase : moins militante, plus stratégique, mais toujours aussi dérangeante pour ceux qui préfèrent le silence à la lumière.
Un héritage brûlant
Créée en 1996 sous Hamad, Al-Jazeera a bouleversé le paysage médiatique arabe. Libre, incisive, parfois accusée de partialité, elle devient rapidement la voix des sans-voix, mais aussi la cible des régimes autoritaires.
Tamim hérite d’un outil puissant — mais encombrant. Il ne le démonte pas. Il le recalibre.
AJ+ : le virage numérique
En 2014, le Qatar lance AJ+, une plateforme pensée pour les réseaux sociaux, les jeunes, les formats courts. C’est une révolution silencieuse :
- Des vidéos virales, souvent progressistes
- Une ligne éditoriale plus globale, moins centrée sur le monde arabe
- Une esthétique moderne, qui parle aux générations connectées
Tamim comprend que l’influence ne passe plus seulement par les plateaux télé. Elle passe par les algorithmes.
Le média comme outil diplomatique
Al-Jazeera n’est pas neutre. Elle est le reflet d’une vision du monde. Elle donne la parole à ceux que les autres ignorent. Elle critique les puissants, y compris parfois le Qatar lui-même. Et dans un Moyen-Orient polarisé, elle devient un acteur diplomatique, capable de faire ou défaire des narratifs.
Tamim ne la muselle pas. Il la canalise.
Les voisins s’agacent
L’Arabie saoudite, les Émirats, l’Égypte : tous accusent Al-Jazeera de soutenir les Frères musulmans, de déstabiliser les régimes, de jouer un double jeu. En 2014, ces critiques s’intensifient. Mais Tamim tient bon. Il sait que céder sur Al-Jazeera, c’est renoncer à une partie de l’identité qatarie.
Et le peuple dans tout ça ?
Les Qataris sont fiers de leur média. Ils savent qu’il dérange, mais ils savent aussi qu’il donne au Qatar une voix mondiale. Tamim capitalise sur cette fierté, tout en veillant à ce que la chaîne ne devienne pas un fardeau diplomatique.
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