Série : Lignes de fracture en France Personnages : Élise & Mathieu.
Train Intercités, direction Limoges
Le wagon tangue doucement. Mathieu regarde par la fenêtre les champs défiler, tandis qu’Élise griffonne dans son carnet. Ils reviennent de Saint-Pierre-de-Frugie, encore imprégnés par ce qu’ils ont vu.
Mathieu : Tu sais ce que je me suis dit, là-bas ? Élise (sans lever les yeux) : Que c’est possible ? Mathieu : Oui. Mais aussi que ce n’est pas suffisant. Il faut penser plus grand. Imaginer ce que demain pourrait être.
Elle referme son carnet.
Élise : Alors imagine. Une société où la richesse ne serait pas un droit de naissance. Où l’école serait un lieu d’émancipation, pas de reproduction sociale. Mathieu : Une société où le travail ne serait pas une souffrance, mais une contribution. Où le temps serait partagé, et pas marchandé.
Ils se regardent. Le train ralentit. Une gare fantôme apparaît, taguée, abandonnée.
Élise : Et si on repensait la démocratie ? Pas juste voter tous les cinq ans, mais décider ensemble, localement, quotidiennement. Mathieu : Une démocratie radicale. Où les citoyens seraient les architectes du monde, pas les spectateurs.
Le contrôleur passe. Ils lui tendent leurs billets. Il sourit, fatigué.
Élise (à voix basse) : Et si demain, ce contrôleur avait voix au chapitre sur l’organisation du rail ? Mathieu : Et sur les priorités budgétaires. Et sur les choix énergétiques.
Le train repart. Le soleil décline. Ils restent silencieux un moment.
Élise : Tu crois que c’est une utopie ? Mathieu : Non. C’est une nécessité. Et comme toutes les nécessités, elle finira par s’imposer. Élise : Alors il faut continuer à écrire. À raconter. À semer.
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