Depuis plus de quarante ans, les Gardiens de la Révolution islamique – plus connus sous le nom de Pasdaran – constituent l’épine dorsale du régime iranien. Créés en 1979 pour protéger la Révolution, ils sont devenus bien plus qu’une force militaire : une puissance politique, économique et idéologique qui façonne la trajectoire du pays. Aujourd’hui, cette institution se trouve à un tournant historique, confrontée à des défis internes et externes d’une ampleur inédite.
Une force tentaculaire au cœur du système
Les Pasdaran regroupent environ 125 000 membres, auxquels s’ajoutent les centaines de milliers de volontaires du Basij, milice chargée du contrôle social. Leur structure comprend :
- Forces terrestres, navales et aérospatiales
- Force Al-Qods, bras armé des opérations extérieures
- Basij, instrument de répression intérieure
Au fil des décennies, ils ont bâti un empire économique colossal : énergie, construction, télécommunications, ports, banques… Leur influence dépasse largement le champ militaire.
Une crise de légitimité sans précédent
Les Pasdaran sont aujourd’hui confrontés à une rupture profonde entre le régime et la société iranienne. Les manifestations massives de ces dernières années ont révélé une population en quête de changement, prête à défier ouvertement l’ordre établi. Face à cette contestation, les Pasdaran ont été en première ligne, assumant une répression sévère qui a entamé leur image et accentué la fracture avec la population.
Cette crise de légitimité se double d’une crise économique : inflation, chômage, corruption systémique. Le modèle que les Pasdaran ont contribué à construire apparaît de plus en plus incapable de répondre aux besoins du pays.
Des tensions internes au sommet du pouvoir
Derrière la façade d’unité, les Pasdaran sont traversés par des divisions croissantes :
- Les idéologues, fidèles à la ligne dure du régime
- Les pragmatiques, conscients que la survie du pays exige des compromis
La succession du Guide suprême, Ali Khamenei, âgé et affaibli, accentue ces tensions. Les Pasdaran seront les arbitres décisifs de cette transition : leur choix déterminera l’avenir politique de l’Iran.
Un rôle régional qui complique tout
À l’extérieur, les Pasdaran pilotent un réseau de milices alliées – Hezbollah au Liban, milices irakiennes, Houthis au Yémen – qui leur confère une influence stratégique majeure au Moyen-Orient. Mais cette projection de puissance a un coût : sanctions internationales, isolement diplomatique, risques d’escalade militaire.
Toute évolution interne en Iran aura donc des répercussions régionales immédiates.
Un moment de vérité
L’Iran se trouve à un carrefour historique. Les Pasdaran, longtemps garants de la stabilité du régime, doivent désormais choisir entre :
- Maintenir l’ordre actuel par la force, au risque d’un affrontement durable avec la société
- Accompagner une transition politique, qui pourrait préserver une partie de leur influence
- Se fragmenter, ouvrant la voie à une période d’incertitude majeure
Leur décision façonnera non seulement l’avenir de l’Iran, mais aussi l’équilibre du Moyen-Orient.
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