La France s’est longtemps pensée comme une nation industrielle. Ses usines, ses ouvriers, ses savoir-faire ont façonné non seulement l’économie, mais aussi l’imaginaire collectif : fierté du travail bien fait, stabilité des bassins d’emploi, transmission d’une mémoire ouvrière. Pourtant, depuis un demi-siècle, ce socle s’effrite.
Depuis les années 1970, plus de 2,5 millions d’emplois industriels ont disparu
Chaque fermeture est justifiée par les mêmes arguments : concurrence mondiale, coût de l’énergie, baisse de la demande. Mais derrière ces chiffres, ce sont des vies bouleversées, des territoires fragilisés, une souveraineté économique amputée.
On nous répète que la destruction d’emplois est « naturelle », qu’elle fait partie du cycle de l’innovation et qu’il suffit de créer d’autres activités pour compenser. Mais cette logique se brise sur les réalités de la mondialisation : les nouveaux emplois se créent ailleurs, ou dans des secteurs précaires, incapables de remplacer la valeur sociale et culturelle des emplois perdus.
La désindustrialisation n’est donc pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et économiques. Elle interroge notre capacité à protéger, à inventer, à produire autrement. Elle exige plus que des discours : des solutions concrètes, des alternatives crédibles, des politiques industrielles renouvelées.
Cette série d’articles veut mettre en lumière les causes, les conséquences et les résistances. Elle racontera des histoires emblématiques – comme celle de Brandt – mais aussi des tentatives de reprise en SCOP, des initiatives locales, des pistes pour une réindustrialisation verte et souveraine.
« Quand une usine ferme, ce n’est pas seulement des murs qui s’éteignent, c’est une mémoire ouvrière qu’on efface. »