Le pouvoir des majorités en démocratie

Tocqueville assiste à un débat public sur l’abolition de l’esclavage. La salle est pleine, les esprits échauffés.

Albany – Novembre 1831

Un jeune homme ose dire :

– L’esclavage est une honte. Il faut l’abolir.

Un silence tombe. Puis des murmures, des regards noirs. Un notable se lève :

– Ce jeune homme insulte nos traditions. Qu’il se taise.

Tocqueville est frappé. Ce n’est pas l’État qui censure – c’est la foule. Il note :

« Aux États-Unis, la majorité ne débat pas : elle impose. Elle ne convainc pas : elle écrase. »

Scène suivante – discussion avec un journaliste

Monsieur, dit Tocqueville, vous êtes libre d’écrire ce que vous voulez ?

En théorie, oui. Mais si j’écris contre l’opinion dominante, je perds mes abonnés. Et peut-être mon emploi.

–  Donc la liberté existe, mais elle est surveillée ?

–  Par la majorité. Elle ne vous emprisonne pas, elle vous isole.

Tocqueville comprend : la démocratie peut engendrer une tyrannie douce, celle du conformisme. Il écrit :

« La majorité est toute-puissante. Elle fait taire sans violence, elle exclut sans procès. »

Dernière scène –  Tocqueville seul, dans une chambre d’hôtel

Il relit ses notes. Il pense à la France, où le pouvoir est centralisé mais contesté. Ici, le pouvoir est diffus, mais absolu. Il murmure :

– La liberté d’opinion est proclamée, mais la liberté de penser est surveillée.

Il conclut :

« Il faut craindre non pas le despotisme d’un homme, mais celui d’un million. »