Mesdames et messieurs, bonjour à toutes et à tous.
Je suis heureux par l’intermédiaire de la presse de m’adresser une nouvelle fois aux Françaises et aux Français avec quelques mots spontanés au moment où j’ai remis la démission du gouvernement. Être Premier ministre est une tâche difficile, sans doute encore un peu plus difficile en ce moment, mais on ne peut pas être Premier ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies.
Depuis trois semaines, pourtant, j’ai bâti, tenté de bâtir les conditions pour lesquelles nous pourrions faire adopter un budget pour la France, pour l’État, mais aussi pour la Sécurité sociale et répondre à quelques urgences importantes qui ne peuvent pas attendre 2027, l’élection présidentielle. Je ne veux pas toutes les citer, mais on le sait : sécurité du quotidien, les questions liées au pouvoir d’achat et au travail, la Nouvelle-Calédonie. Les armées, dans un contexte international difficile, étant autre sujet.
Depuis trois semaines, ma parole a été rare et j’ai tenté de construire un cheminement avec les partenaires sociaux, forces patronales, forces représentant les syndicats de salariés, notamment sur des sujets qui avaient pu faire l’objet de blocages depuis maintenant de nombreuses semaines. Je pense au travail, aux retraités, à la pénibilité, aux femmes, aux carrières longues, des sujets qui sont parfois bloqués depuis plus de 20 ans et sur lesquels nous étions en train d’avancer sur des solutions concrètes, sur l’assurance chômage, sur le financement de notre Sécurité sociale et permettre au fond de répondre aux deux manifestations qui s’étaient tenues dans le pays tout au long de ce mois de septembre. Ce temps, je l’ai aussi consacré avec les formations politiques du socle commun pour bâtir une feuille de route, mais aussi évidemment de l’opposition, puisque c’est elle qui décide en grande partie du sort et de l’avenir non seulement du gouvernement, mais aussi du pays à travers l’adoption ou non d’un budget.
Ces consultations officielles, parfois plus discrètes, nous ont permis d’avancer sur un certain nombre de sujets. Je l’avais dit vendredi matin, dans le secret du bureau, les langues se délient et les lignes rouges deviennent orange et parfois vertes. Avec parfois évidemment quelques lignes qui bougent sur l’assurance chômage, sur la question de la justice fiscale ou encore sur la question des retraites. Avec néanmoins toujours ce sentiment que la ligne recule à chaque fois que nous avancions. Mais de cela aussi j’y reviendrai dans un instant.
Et puis j’en suis arrivé à la conclusion vendredi dernier qu’au fond le Parlement devait toujours avoir le dernier mot, que l’article 49 alinéa trois de la Constitution était un moyen de contraindre sa majorité dans l’esprit du constituant, notamment de Michel Debré et du général de Gaulle, et que cela ne servait à rien de donner l’impression que les débats n’iraient pas jusqu’au bout.
En ce lundi matin, les conditions n’étaient plus remplies pour que je puisse exercer mes fonctions de Premier ministre et permettre au gouvernement d’aller devant l’Assemblée nationale demain. Pour trois raisons.
La première, c’est que précisément ces formations politiques ont fait mine parfois de ne pas voir le changement, la rupture profonde que représentait le fait de ne pas se servir de l’article 49 alinéa trois de la Constitution. C’est-à-dire qu’au fond, Il n’y avait plus de prétexte pour une censure préalable, en tout cas, il n’y avait plus de prétexte pour faire que les parlementaires refusent de faire leur métier de parlementaire, c’est-à-dire de discuter de la loi, de l’amender et le cas échéant, de voter ou non un texte. Et cette rupture, je le dis, elle a été soulignée par un certain nombre d’observateurs, d’acteurs de la vie politique, certains opposants d’ailleurs qui le demandaient historiquement, mais elle n’a pas permis ce choc de se dire on peut faire différemment et on peut construire les choses différemment.
La deuxième des choses, c’est que les partis politiques continuent d’adopter une posture comme s’ils avaient tous la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Au fond, je me suis retrouvé dans une situation dans laquelle j’étais prêt à des compromis, mais chaque parti politique veut que l’autre parti politique adopte l’intégralité de son programme. C’est vrai, des formations parfois du socle commun, c’est vrai aussi des oppositions. Or, nous l’avons dit, pas de coalition large, c’est un choix qui a été fait par les différentes formations politiques de l’opposition, de ne pas venir avec le socle commun au gouvernement, mais de permettre les débats et d’organiser ensuite les compromis, sachant que les compromis ne sont pas la compromission. Mais pour cela, évidemment, il faut changer d’état d’esprit et ne pas vouloir appliquer l’intégralité de son projet et de son programme.
La troisième des choses, c’est que la composition du gouvernement au sein du socle commun n’a pas été fluide et a donné lieu au réveil de quelques appétits partisans, parfois non sans lien, c’est d’ailleurs très légitime avec la future élection présidentielle. Je le dis ou je le redis, si ce moment est le moment le plus parlementaire de la cinquième République, en aucun cas, il faut revoir vivre ici les mauvais moments de la IVe République. Par définition, la construction d’un gouvernement se fait en fonction de la Constitution, sur proposition du Premier ministre nommé par le président de la République.
Le dernier message que je veux dire aux Français, c’est un message véritablement d’espoir et d’optimisme de caractère – je ne le suis pas toujours – : il suffirait de peu pour que ça fonctionne. J’avais dit ici même : « on va y arriver » et je veux le redire dans le secret des échanges que j’ai pu avoir, il suffirait de peu pour que l’on puisse y arriver en étant plus désintéressé pour beaucoup, en sachant aussi faire preuve d’humilité, peut-être aussi un peu parfois d’effacement de certains égo. Je me suis employé, en tout cas, je l’espère, à le faire. Ensuite toujours avoir le sens de l’intérêt général et du fond. Ce qui compte, c’est ce qu’on va faire, en ayant l’humilité de considérer que certaines choses peuvent être faites avant 2027. D’autres choses seront faites ensuite pendant le débat de l’élection présidentielle et au fond, il y a beaucoup de lignes rouges dans la bouche de beaucoup en tout cas de certains, pas de tous. Pas de tous. Il y a rarement des lignes vertes. Or, le principe même de bâtir un compromis entre les formations politiques, c’est d’être capable justement de conjuguer des lignes vertes et de tenir compte d’un certain nombre de lignes rouges. Mais on ne peut pas être dans les deux extrêmes et certaines formations politiques de l’opposition l’ont compris et je tiens à les remercier. Désormais, il faut que l’on puisse avancer en tout cas que celles et ceux qui veulent trouver un chemin pour le pays puissent avancer.
Le dernier point. Et je le dis avec respect, moi qui suis un militant qui ait gravi les marches de la méritocratie républicaine grâce à l’élection comme maire, comme président de département, comme sénateur, je suis un militant et j’ai du respect pour celles et ceux qui s’engagent. Mais il faut toujours préférer son pays à son parti et il faut savoir écouter ces militants mais toujours penser aux Françaises et aux Français.
Merci à toutes et à tous. Je vous remercie.
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