Casablanca, octobre 2025. Ils étaient des milliers, poings levés, pancartes brandies, à scander des slogans simples : “Où sont les hôpitaux ?”, “Justice pour Agadir”, “Stop à la corruption”. Le mouvement GenZ212, né sur Discord et Telegram, avait tout d’un soulèvement générationnel : horizontal, sans leader, sans parti, mais avec une colère précise. Puis, en l’espace de 48 heures, tout a basculé.
Acte I – Le surgissement
Le 29 septembre, la mort de huit femmes enceintes à l’hôpital public d’Agadir agit comme un détonateur. En quelques heures, les appels à manifester se multiplient. Casablanca, Rabat, Marrakech, Salé : la jeunesse descend dans la rue, pacifiquement. Les revendications sont claires : santé, éducation, équité. Le collectif GenZ212 publie un communiqué appelant à la démission du gouvernement Akhannouch et à l’ouverture d’un processus judiciaire contre les responsables de corruption.
Acte II – Le brouillage
Le 1er octobre, à Lqliaa, près d’Agadir, des individus cagoulés tentent de prendre d’assaut un poste de gendarmerie. Trois morts. Le lendemain, à Salé, des voitures de police et une agence bancaire sont incendiées. Les images tournent en boucle. Le récit officiel s’installe : “le mouvement dégénère”. Mais sur les canaux GenZ212, les organisateurs dénoncent une manipulation : les casseurs ne sont pas issus du mouvement, leurs actions sont coordonnées, souvent hors des lieux de rassemblement.
Acte III – La stratégie du flou
- Infiltration : des groupes violents apparaissent sans revendications, sans slogans, souvent après la dispersion des cortèges.
- Temporalité décalée : les violences surviennent en soirée, loin des heures de mobilisation.
- Narration médiatique : les chaînes publiques et les comptes pro-gouvernementaux diffusent en boucle les images de vandalisme, occultant les revendications sociales.
- Réaction policière : lente, parfois absente, laissant les débordements se produire avant d’intervenir.
Acte IV — L’effet recherché
Le brouillage fonctionne. Une partie de l’opinion publique se détourne du mouvement. Les figures politiques dénoncent “l’anarchie”, les appels au dialogue s’estompent. GenZ212 se retrouve piégé dans une spirale où chaque mobilisation risque d’être assimilée à une émeute. Le message initial – justice sociale, équité, dignité – se dilue dans le bruit.
Acte V — Résister au brouillage
Mais la génération Z n’a pas dit son dernier mot. Sur Discord, les modérateurs appellent à filmer systématiquement les débordements. Des capsules virales comparent les slogans du mouvement aux actes des casseurs. Des infographies circulent : “Casseurs vs Manifestants : qui sont-ils ?”. Le collectif réclame une enquête indépendante sur les violences et la publication des images de surveillance.
Prochainement :
Comment un mouvement horizontal peut résister à la manipulation narrative.