Lignes de fracture en France : Détournements

Le matin même, Élise reçoit un appel d’un journaliste enthousiaste : – “Votre travail a été cité par un député en séance à l’Assemblée. Il parle d’un ‘réveil citoyen’.”

Elle écoute l’extrait. Le député évoque les jardins partagés, les cantines solidaires, les ateliers citoyens. Mais il les instrumentalise pour justifier une réforme controversée sur la “responsabilisation des territoires”. Élise est sidérée. — “Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ce qu’on porte.”

Sur les réseaux, le débat s’enflamme. Certains saluent la reconnaissance. D’autres dénoncent une récupération. Élise publie un texte :

“Nos récits ne sont pas des slogans. Ils sont des vies. Ne les simplifiez pas.”

Pendant ce temps, Mathieu découvre que la plateforme cartographique qu’il co-construisait a été rachetée par une start-up. Les récits sont toujours là, mais entourés de publicités, de filtres, de “badges d’impact”. Il contacte les développeurs. Ils lui répondent : — “On voulait que ça vive. On n’avait pas les moyens seuls.”

Mathieu se retire du projet. Il crée un site artisanal, sans design, sans algorithme. Juste des récits, bruts.

Au lycée, les élèves débattent : faut-il participer à un concours national sur les initiatives citoyennes ? Certains veulent y aller. D’autres refusent. – “On n’est pas un produit.”

Le roman social se heurte à ses limites. Il est vu, repris, déformé. Mais il résiste. Par la parole. Par le retrait. Par la réinvention.

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