Tianjin, Chine septembre 2025 – Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les recompositions stratégiques, le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’est tenu cette semaine à Tianjin, réunissant les dirigeants de plus de vingt pays membres et observateurs. L’événement, hautement symbolique, confirme l’ambition croissante de l’Eurasie de s’affirmer comme un pôle alternatif à l’ordre occidental.
Une organisation en mutation
Fondée officiellement en 2001, l’OCS est l’héritière du Groupe de Shanghai, créé en 1996 par cinq États (Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan) pour renforcer la coopération sécuritaire. Depuis, l’organisation s’est élargie à des puissances régionales telles que l’Inde, le Pakistan, l’Iran et l’Ouzbékistan, et attire de plus en plus de partenaires, dont la Turquie et l’Arabie saoudite.
Des rencontres diplomatiques stratégiques
Le sommet de Tianjin a été marqué par plusieurs rencontres bilatérales de haut niveau. Le président chinois Xi Jinping a accueilli ses homologues russe Vladimir Poutine, indien Narendra Modi, turc Recep Tayyip Erdogan, ainsi que le président iranien Ebrahim Raïssi. La rencontre entre Modi et Xi, la première depuis sept ans, a été particulièrement scrutée, dans un contexte de tensions frontalières persistantes entre les deux géants asiatiques.
Autre moment fort : l’établissement de relations diplomatiques entre le Pakistan et l’Arménie, officialisé en marge du sommet, illustrant la capacité de l’OCS à favoriser des rapprochements inattendus.
Vers un multilatéralisme eurasien
Les discussions ont porté sur des sujets majeurs : la crise ukrainienne, les tensions commerciales avec les États-Unis, la sécurité régionale et la coopération énergétique. Vladimir Poutine a dénoncé une « menace directe » à la stabilité mondiale et appelé à une résolution durable du conflit en Ukraine, en s’attaquant aux causes profondes.
Xi Jinping, quant à lui, a réaffirmé le rôle du Sud global dans la refondation de l’ordre international, appelant à « un monde multipolaire fondé sur le respect mutuel et la souveraineté des nations ».
Pas d’accords, mais des signaux forts
Si aucun accord concret n’a été signé, le sommet a envoyé des signaux politiques puissants. L’OCS se positionne de plus en plus comme un contrepoids à l’OTAN et aux alliances occidentales, en promouvant un modèle de coopération fondé sur le non-alignement et le respect des spécificités nationales.
La Chine, hôte du sommet, renforce son rôle de pivot stratégique en Eurasie, tandis que la Russie cherche à consolider ses alliances face à l’isolement diplomatique imposé par les sanctions occidentales.
Une recomposition mondiale en marche
Le sommet de Tianjin confirme que l’OCS n’est plus une simple enceinte régionale. Elle devient un espace de dialogue et de coordination entre puissances émergentes, capable d’influencer les grandes orientations géopolitiques mondiales.
Dans un monde en quête de nouveaux équilibres, l’Eurasie avance ses pions. Et l’OCS, discrète mais déterminée, pourrait bien en être l’un des principaux architectes.
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