Alors que nous touchons à la fin du festival d’Avignon, je fais un retour sur ce qui s’est passé.
“Mon Frère” : un geste artistique et politique qui bouleverse
Le 8 juillet 2026 a été une journée marquante au Festival d’Avignon, portée par un spectacle qui a profondément touché les spectateurs : Mon Frère, conçu par François Gremaud avec et pour son frère Christian, Sourd. Dans une édition où les questions de transmission, de lien et d’identité semblent particulièrement présentes, cette proposition s’est imposée comme un moment de vérité, de poésie et de résistance. Une journée où le théâtre a rappelé sa capacité à faire entendre – et voir – ce que la société peine encore à reconnaître pleinement.
“Mon Frère” : un hommage, une lutte, une célébration
Sur un plateau volontairement dépouillé, deux frères se tiennent côte à côte. L’un, François Gremaud, auteur et metteur en scène reconnu pour son théâtre sensible et ludique. L’autre, Christian Gremaud, Sourd, dont la présence scénique est une force brute, expressive, lumineuse.
Mon Frère n’est pas seulement un spectacle : c’est un acte. Un geste artistique autant que politique.
Une histoire personnelle qui devient universelle
Christian Gremaud a grandi dans un monde d’entendants où rien n’est simple :
- violences ordinaires,
- exclusions invisibles,
- incompréhensions quotidiennes,
- obstacles institutionnels.
François, son frère, a vu tout cela. Et parce que son propre théâtre – profondément corporel, attentif au geste, au rythme, à la présence – doit beaucoup à Christian, il a voulu lui offrir un espace où sa langue, son histoire et son corps seraient au centre.
Le résultat est une pièce qui dépasse le témoignage pour devenir un lieu de partage, un espace où la Langue des Signes Française (LSF) n’est pas un outil, mais une matière poétique, une puissance expressive, une façon de dire le monde autrement.
Poésie, humour, justice
Le spectacle alterne :
- moments d’humour tendre,
- passages d’une grande intensité,
- séquences où la LSF devient chorégraphie,
- instants de complicité entre les deux frères qui touchent immédiatement le public.
Ce qui frappe, c’est la justesse. Rien n’est forcé, rien n’est démonstratif. La pièce avance avec une simplicité désarmante, et c’est précisément cette simplicité qui bouleverse.
À la sortie, les spectateurs évoquaient :
- “un hymne à l’égalité”,
- “une claque douce”,
- “un spectacle qui ouvre les yeux”,
- “une expérience qui reste”.
Une proposition qui interroge le regard
En mettant la LSF au cœur de la scène, Mon Frère renverse le rapport habituel entre entendants et Sourds. Ce ne sont plus les Sourds qui doivent s’adapter. Ce sont les entendants qui doivent regarder autrement, écouter autrement, se décentrer.
Le spectacle rappelle que la langue n’est pas seulement un moyen de communication : c’est une manière d’habiter le monde.
Et dans ce monde, Christian Gremaud prend enfin toute sa place – une place qu’on lui a trop souvent refusée.
La vie du festival ce 8 juillet
Autour de ce spectacle, Avignon vibrait intensément. Les rues étaient pleines, les compagnies du Off multipliaient les performances, et les discussions se prolongeaient jusque tard dans la soirée. Mais ce 8 juillet, beaucoup de conversations revenaient à Mon Frère : sa force, sa douceur, son importance.
On sentait que ce spectacle avait touché quelque chose de profond chez les festivaliers, comme si chacun avait été invité à reconsidérer sa manière de percevoir l’autre.
Ce que cette journée annonce
Avec Mon Frère, le festival affirme une volonté claire : mettre en avant des œuvres qui questionnent les normes, les rapports de pouvoir, les formes de marginalisation. Le 8 juillet laisse entrevoir une édition où :
- la diversité des langues et des corps est valorisée,
- la scène devient un espace de réparation,
- les artistes proposent des gestes engagés sans perdre la poésie.
Ce qu’il faut retenir
Le 8 juillet 2026 restera comme une journée profondément humaine. Avec Mon Frère, François et Christian Gremaud ont offert un spectacle rare : un hommage fraternel, un acte de justice, une célébration de la Langue des Signes Française. Un moment de théâtre qui ne se contente pas d’émouvoir, mais qui transforme le regard.
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