Longtemps resté dans l’ombre des grandes menaces virales, le hantavirus refait régulièrement surface dans l’actualité mondiale. Si son nom évoque la Corée, où il fut identifié pour la première fois dans les années 1970, c’est pourtant à plus de 17 000 kilomètres de là, au cœur de la Patagonie andine, que se concentre aujourd’hui l’attention des épidémiologistes. La raison tient en un mot : Andes, la seule souche capable de se transmettre d’humain à humain.
Un virus ancien, découvert sur les rives d’une rivière coréenne
Le hantavirus n’a rien d’un nouveau venu. Ses premières traces remontent à la guerre de Corée, lorsque des milliers de soldats furent frappés par une mystérieuse fièvre hémorragique. Il faudra attendre 1976 pour que le virus soit isolé près de la rivière Hantaan, qui lui donnera son nom.
Depuis, les chercheurs savent que les hantavirus circulent silencieusement dans le monde entier, portés par des rongeurs sauvages qui n’en souffrent pas mais contaminent leur environnement.
Pourquoi l’Argentine revient toujours dans les discussions
Si le hantavirus existe en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, c’est bien l’Argentine qui cristallise les inquiétudes. Dans les provinces de Chubut, Río Negro et Neuquén, nichées entre forêts humides et montagnes abruptes, circule une souche unique au monde : le virus Andes.
Son réservoir naturel est un petit rongeur discret, l’Oligoryzomys longicaudatus, surnommé le rat pygmée à longue queue. Mais ce n’est pas l’animal qui inquiète : c’est ce que cette souche est capable de faire.
La souche Andes : une exception virologique
Contrairement aux autres hantavirus, qui se transmettent uniquement par contact avec des excrétions de rongeurs, la souche Andes peut passer d’une personne à l’autre. Une caractéristique rarissime dans la famille des hantavirus, et qui a été confirmée à plusieurs reprises.
En 1995, dans la petite ville d’El Bolsón, les autorités sanitaires argentines documentent les premiers cas de transmission interhumaine. Vingt ans plus tard, l’épidémie d’Epuyén (2018–2019) frappe les esprits : 34 cas, 11 décès, et des chaînes de contamination entre proches, voisins, soignants.
Depuis, chaque nouveau foyer attire l’attention internationale.
Quand la Patagonie devient un point de départ mondial
En 2026, un nouvel épisode rappelle la dangerosité de la souche Andes. À bord du navire MV Hondius, plusieurs passagers tombent malades. L’enquête remonte jusqu’à un patient zéro contaminé dans une décharge d’Ushuaïa, un lieu fréquenté par les rongeurs vecteurs.
Le virus voyage alors bien au-delà des Andes, transporté par des touristes internationaux. Un scénario qui, sans provoquer de pandémie, suffit à rappeler que la souche Andes n’est pas un virus local : c’est un virus exportable.
Un virus surveillé, mais pas nouveau
Malgré son aura inquiétante, le hantavirus n’est pas un agent émergent. Il circule depuis des siècles, probablement bien avant sa découverte officielle. Chaque année, entre 150 000 et 200 000 infections sont recensées dans le monde, la plupart bénignes ou modérées selon la souche.
Mais la souche Andes, elle, reste sous haute surveillance. Non pas parce qu’elle menace de déclencher une pandémie, mais parce qu’elle rappelle que certains virus anciens peuvent encore réserver des surprises.
Un enjeu de santé publique régional… aux répercussions globales
L’Argentine et le Chili ont renforcé leur surveillance : captures de rongeurs, analyses environnementales, campagnes d’information. Les habitants des zones rurales connaissent bien les consignes : aérer les cabanes, éviter de balayer à sec, protéger les réserves alimentaires.
Pour le reste du monde, la souche Andes demeure un rappel : les virus ne respectent ni frontières ni isolements géographiques. Et parfois, c’est dans les régions les plus reculées que se cachent les menaces les plus singulières.