Pendant plus de 70 ans, le Mexique a été gouverné par un seul parti, le PRI. Cette longévité a donné une impression de stabilité, mais elle reposait sur un équilibre fragile : un État centralisé, autoritaire, et un système de corruption institutionnalisée. Dans ce contexte, les trafiquants n’étaient pas des ennemis, mais des partenaires tolérés.
Un pays “stable”… mais verrouillé
Après la Révolution mexicaine, le pays cherche la paix. Le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) s’impose comme garant de l’ordre. Pendant des décennies, il contrôle tout : présidence, gouverneurs, police, syndicats, médias.
La stabilité est réelle, mais elle repose sur un système fermé, opaque, et profondément hiérarchisé.
Le pacte implicite : “Tu me laisses gouverner, je te laisse travailler”
Dans les années 1940–1980 :
- Le gouvernement veut éviter les conflits internes.
- Les trafiquants ne sont pas prioritaires tant qu’ils ne menacent pas l’ordre public.
- La police fédérale et les gouverneurs locaux gèrent les trafiquants comme des “problèmes administratifs”, pas comme des criminels majeurs.
Ce n’est pas une alliance officielle, mais une cohabitation pragmatique.
La corruption comme mode de gouvernance
Le PRI fonctionne sur un système pyramidal :
- Le président contrôle les gouverneurs.
- Les gouverneurs contrôlent les maires.
- Les maires contrôlent la police locale.
- Et chacun “gère” les trafiquants de son territoire.
Les pots‑de‑vin ne sont pas des exceptions : ils sont intégrés au fonctionnement du système.
La corruption n’est pas un dysfonctionnement, c’est un outil de gestion.
Le rôle des forces de l’ordre : arbitres plutôt que combattants
La police fédérale :
- est sous-payée,
- mal formée,
- et souvent infiltrée.
Elle ne cherche pas à éliminer les trafiquants, mais à réguler leur activité :
- qui peut opérer,
- où,
- et à quel prix.
Ce contrôle indirect crée une illusion de stabilité.
L’émergence du Cartel de Guadalajara
Dans les années 1970–1980 :
- Les trafiquants du nord se regroupent.
- Ils bénéficient de protections politiques locales.
- Ils deviennent une organisation structurée, capable de corrompre à grande échelle.
Le Cartel de Guadalajara devient le premier cartel “national”, grâce à :
- la corruption,
- la centralisation du trafic,
- et la tolérance tacite de certains secteurs de l’État.
L’affaire Camarena : la rupture
1985 : enlèvement et assassinat de l’agent de la DEA Enrique Camarena.
Conséquences :
- Pression massive des États‑Unis.
- Arrestations forcées.
- Chute du Cartel de Guadalajara.
- Début d’un conflit ouvert entre trafiquants et institutions.
C’est le moment où la cohabitation cesse d’être tenable.
La fin d’un équilibre artificiel
- Pendant des décennies, le PRI a maintenu une paix relative en contrôlant, plutôt qu’en combattant, le narcotrafic.
- Mais cette stratégie a permis aux trafiquants de s’organiser, de s’enrichir et de s’enraciner.
- Quand le système s’effondre, les cartels sont déjà trop puissants pour être contenus.
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