Lourdes, hiver 2024. Dans les ateliers de Ségneré, les machines tournent avec une précision millimétrique. Depuis 1965, cette entreprise familiale fabrique des pièces métalliques pour l’aéronautique. Elle fournit Airbus, participe à des programmes civils et militaires, et incarne l’excellence industrielle des Hautes-Pyrénées. Mais derrière les murs, la tension est palpable : la crise sanitaire a laissé des traces, les commandes ont chuté, et la trésorerie est à bout de souffle.
Une entreprise en péril
En 2020, le chiffre d’affaires de Ségneré tombe à 8 M€, contre 16 M€ l’année précédente. Les aides publiques permettent de tenir, mais pas d’investir. En 2023, l’entreprise est placée en redressement judiciaire. Pour les salariés, c’est l’inquiétude. Pour les dirigeants, c’est l’heure des choix.
« On a tout essayé pour garder notre indépendance. Mais il fallait une solution industrielle, pas juste financière. » — Membre de la famille fondatrice
Le rachat par Agiliteam
En mars 2024, Ségneré est reprise par Agiliteam, filiale française du groupe thaïlandais Jinpao. Le tribunal de commerce valide l’offre : les emplois sont maintenus, les sites conservés, et l’activité relancée. Pour Jinpao, c’est une pièce maîtresse dans sa stratégie européenne. Pour Ségneré, c’est une nouvelle vie.
Le plan de reprise prévoit :
- Le maintien des 130 salariés
- La relance des investissements industriels
- L’intégration dans un groupe spécialisé en aéronautique, spatial et défense
Une recomposition industrielle en marche
Ce rachat n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une recomposition plus large de la filière aéronautique française :
- Des PME fragilisées par la crise
- Des groupes étrangers en quête de savoir-faire
- Des tensions entre souveraineté industrielle et attractivité économique
Ségneré devient ainsi un symbole : celui d’une entreprise locale, familiale, qui entre dans une logique mondiale. Une transition qui soulève autant d’espoirs que de questions.
Ce qu’il faut retenir
Le rachat de Ségneré par Jinpao via Agiliteam est plus qu’un sauvetage. C’est un tournant. Il illustre les fragilités de la filière, mais aussi sa capacité à rebondir. Reste à savoir si cette nouvelle configuration permettra à l’entreprise de préserver son identité, tout en s’adaptant aux exigences d’un marché globalisé.
Sur le même thème
Jinpao, le discret géant thaïlandais qui tisse sa toile dans l’aéronautique française